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Polémique

 

Encensé au soir de sa Palme d’Or à Cannes, Underground n’a pas tardé à être la cible d’une campagne incendiaire, menée dans la presse française par un courant d’intellectuels sous l’impulsion du philosophe Alain Finkielkraut.
(Le Monde, 2 juin 1995)

Le crime de Kusturica ?
On l’accuse d’avoir signé une œuvre de propagande pro Serbe, au moment même où l’on découvrait avec horreur le massacre de Tuzla, en pleine guerre déchirant l’ex-Yougoslavie.

"En récompensant Underground, le jury de Cannes a cru distinguer un créateur à l’imagination foisonnante. En fait, il a honoré un illustrateur servile et tape-à-l’œil de clichés criminels ; il a porté aux nues la version rock, postmoderne, décoiffante, branchée, américanisée, et tournée à Belgrade, de la propagande serbe la plus radoteuse et la plus mensongère."
Alain Finkielkraut, L’imposture Kusturica, Le Monde, 2 juin 1995

Il est clair que Kusturica évoque cette guerre. Mais où se situe-t-il?
Yougoslave et donc complice d’un régime criminel?
Bosniaque musulman, né à Sarajevo et donc désormais apatride?

Son film a été tourné en partie à Belgrade avec l’accord de Milosevic et les intellectuels européens en font un film forcément pro Serbe … L’accusation est rude, médiatiquement bien relayée, même si l’accusateur n’avait pas vu le film encore à ce moment là....

Les jours qui suivent la parution de ce texte voit la polémique s’amplifier, entre pros et antis Kusturica. Serge Regourd publie dans Le Monde du 9 juin 1995 un article qui parle vraiment du film, et essaie de réparer l’épisode Finkielkraut : "Une invention esthétique de tous les instants, des images et des plans, dont on peut penser qu’ils resteront dans l’anthologie du cinéma, au même titre que celles et ceux de Fellini, dont Kusturica est désormais l’alter ego. Avec, en prime, un humour à proprement parler dévastateur, un rythme étourdissant, des personnages et des acteurs qui font aimer la vie. (…) Le commissaire politique aux questions artistiques (Finkielkraut, ndlr) analyse laborieusement … non les images du film, mais de longues citations du réalisateur".

Cependant le mal est fait : le film subira un échec au box-office, amalgamé par le public aux crimes de guerre, et rejeté par les distributeurs en Amérique du Nord, sur les simples accusations d’un censeur sans scrupules. Profondément troublé par la désaffection du public, Kusturica annoncera alors son intention d’abandonner le cinéma.

"Il est désespérant que l’absence de haine de ce film ait suscité de la haine" - Télé Obs n° 115

 

France-Marie Lacaille